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samedi 16 novembre 2013

Interview de Yannick Agnel : «Je m'éclate à Baltimore»


Le champion olympique et du monde du 200 m est comme un poisson dans l'eau dans sa nouvelle vie américaine.
Après des Mondiaux réussis au-delà de ses espérances cet été à Barcelone (titres sur 4x100 m et 200 m), Yannick Agnel a repris le chemin de l'entraînement le 2 septembre sous les ordres de Bob Bowman, l'ancien coach du légendaire Michael Phelps, à Baltimore. Une nouvelle vie pour le Français, épanoui dans et hors des bassins, loin des remous causés par son départ de Nice au printemps dernier.
Yannick, après un mois de prise de contact cet été, peut-on dire que l'aventure américaine a réellement débuté avec la reprise de l'entraînement début septembre ?
Yannick Agnel :Oui, l'aventure a même démarré très fort puisque que je m'entraîne désormais très dur. Cet été, je disais que l'aventure n'avait pas vraiment commencé car je n'étais pas complètement installé. C'était un mois et demi d'appoint. Aujourd'hui, ça fait plusieurs semaines que je m'entraîne à fond, que je suis définitivement installé dans mon appartement, que j'ai pris mes marques, tant dans la piscine qu'avec le groupe avec lequel je traîne en permanence ou dans la vie américaine...
Après avoir quitté Nice et Fabrice Pellerin, vous aviez hésité à participer aux Mondiaux en individuel. Avec le recul, vous ne devez pas regretter d'y être allé ?
Ça aurait été dommage de ne pas m'aligner en individuel, bien sûr. Mais la période était quand même assez spéciale... Remporter le 200 m était tellement inattendu... C'était un peu un coup de poker donc c'est vraiment génial. Mais aujourd'hui, j'ai tourné la page de ce qui s'est passé et je suis tourné vers l'avenir.
A Barcelone, vous déclariez qu'il était trop tôt pour renouer le contact avec Fabrice. L'avez-vous fait depuis ?
On ne s'est ni revu, ni reparlé. Je pense qu'il faut laisser le temps au temps. Les choses se démêleront d'elles-mêmes.
agnelsourire
Avez-vous le sentiment d'avoir grandi en tant qu'homme ces derniers mois ?
Oui, effectivement. J'aime l'idée de ne pas être spectateur de sa vie mais d'en être acteur. A Nice, j'étais acteur. Mais parfois, être acteur ne suffit pas car un acteur fait ce qu'on lui demande. J'ai eu un moment où j'ai eu envie d'être le compositeur, l'écrivain de ma vie et d'avoir la possibilité de vivre le sport comme j'ai toujours voulu le vivre avec une philosophie qui est celle du groupe ici, de Bob Bowman et, je pense, des Etats-Unis en général, qui est de s'entraîner sérieusement sans se prendre la tête. C'est essentiel pour moi.
J'ai eu un moment où j'ai eu envie d'être le compositeur, l'écrivain de ma vie
Quelle relation avez-vous avec Bob Bowman ?
On a une relation très sincère, très franche, faite de proximité mais aussi d'une distance qu'il sait garder de façon intelligente. Je suis ravi d'évoluer à ses côtés, j'en apprends tous les jours. On peut échanger avec lui sur la natation comme sur des choses qui n'ont rien à voir. C'est vraiment bien car ce serait bête en passant autant de temps ensemble chaque jour de ne pas échanger sur autre chose que notre "boulot."
Quels changements avez-vous constaté par rapport à ce que vous faisiez à Nice ?
C'est un peu plus dur et intense mais à part ça il n'y a rien qui change drastiquement. Le principal changement, c'est l'état d'esprit à l'américaine, l'émulation d'un groupe.
Combien êtes-vous dans votre groupe d’entraînement ?
On est une dizaine, un peu moins. La qualité prime sur la quantité. Conor (Ndlr : Dwyer, vice-champion du monde du 200 m à Barcelone derrière Agnel) est encore là. On se tire mutuellement la bourre à l'entraînement. C'est un bonheur d'évoluer avec lui et le groupe. C'est la personne avec qui j'évolue à l'entraînement qui est la plus rapide et qui me donne le plus de fil à retordre.
agnel plongeon
C’est la première fois que vous vous retrouvez avec un compagnon d’entraînement de ce niveau. N’est-ce pas difficile à gérer ?
Il n'est pas question de le gérer. C'est juste un bonheur d'évoluer à côté de lui car il est motivant et motivé et qu'une certaine émulation se créé entre nous. On se tire mutuellement parfois au-dessus de nos limites à l'entraînement et si ça ne va pas, on s'encourage.
Croisez-vous souvent Michael Phelps qui a passé toute sa carrière à Baltimore, dans la piscine où vous vous entraînez ?
De temps en temps. Il vient parfois nager histoire de garder la forme. On a des relations amicales. Des fois, je lui demande des conseils sur la vie en général plus que sur la natation. Je n'ai pas l'habitude de demander des conseils, notamment dans mon domaine d'expertise. J'observe plutôt et je m'inspire de ce que les gens font.
Michael Phelps vient parfois nager histoire de garder la forme
Vous racontiez cet été que Michael avait une loge dans le stade des Ravens. Avez-vous eu le temps d’aller voir un match ?
Et non, pas encore ! Ça doit être une expérience et particulièrement avec les Ravens (Ndlr : vainqueurs du Superbowl la saison dernière) donc je pense le faire assez rapidement.
Aviez-vous déjà cet attrait pour les sports US où est-ce une découverte pour vous depuis votre arrivée ?
Le baseball je ne connaissais pas mais le foot US je connais assez bien et j'étais fan avant. Ça ressemble plus à un spectacle qu'à un sport à proprement parler. L'équipe de foot, c'est sacro-saint ici. Quand il y a un match, tout le monde s'habille en violet dans la ville. C'est marrant. Et le lendemain du match, tu ne parles pas d'autre chose que du match. C'est un peu comme le foot chez nous mais tout le monde fait partie des ultras (rire), du bambin au grand-père.
agnelmuscle
Après les Mondiaux, vous vous êtes aligné sur des épreuves de papillon et de dos en Coupe du monde...
(Il coupe) Je continue à l'entraînement. Ça empire même (sourire). Je nage beaucoup en 4 nages ou dans les nages individuellement séparées. Ça me permet de m'améliorer de façon globale et quand tu augmentes ton niveau général, tu augmentes forcément ton niveau technique individuel. Je suis ravi de pouvoir travailler ainsi même si parfois c'est très dur et que je me retrouve souvent derrière (sourire).
Peut-on imaginer vous voir sur d'autres nages que le crawl ?
Pour l'instant, on est dans l'optique d'une amélioration globale mais c'est aussi une façon de ne pas fermer la porte à d'autres possibilités. Mais aujourd'hui, je maîtrise bien mieux les courses en nage libre que dans les autres nages donc il ne serait pas question, à moins d'une révélation divine, que je me mette au dos ou au papillon au même niveau de performance que ce que j'ai pu atteindre en crawl. Il me faudra probablement des années, une décennie même, pour arriver au niveau de Camille (Ndlr : Lacourt) et Jérémy (Ndlr : Stravius) en dos (rire). Je vais me concentrer sur les épreuves de crawl et ce sera bien suffisant, pour les grands championnats.
Pourquoi avez-vous choisi de faire l'impasse sur les championnats de France et d'Europe en petit bassin cet hiver ?
On s'est concerté avec Bob et c'est tombé sous le sens car il fallait quant même qu'à un moment de l'année je me mette à m'entraîner (sourire). Aller aux championnats de France impliquait un retour en Europe et Bob ne serait pas resté avec moi. Il était plus profitable pour moi que je reste m'entraîner. Je ne ferai qu'une seule compétition en Europe, le Duel in the pool, fin décembre à Glasgow. L'objectif principal de la saison, ce sont les championnats d'Europe à Berlin l'été prochain où j'ai envie de nager le 100, 200 et 400 m. C'est un beau challenge, quelque chose que j'ai toujours eu en tête et qui me motive.
Si vous deviez résumer votre vie aujourd’hui, que diriez-vous ?
C'est un peu la question qu'Astérix pose au scribe dans Astérix Mission Cléopâtre. Mais je ne vais pas faire le long monologue d'Edouard Baer (rire). Tout simplement, je suis heureux, bien dans ma peau, en bonne santé... Je m'éclate dans ce que je fais. J'ai enfin commencé des activités annexes aussi. Tout va super bien, je suis aux anges ici.
source : sport24

mercredi 9 octobre 2013

Camille Lacourt vie son aventure Australienne ( interview de Ian Pope )





Ian Pope, qui entraîne Lacourt à Melbourne depuis cette semaine, est convaincu du potentiel du champion du monde français.

Au bout du fil, la voix est enjouée. Ian Pope, cinquante et un a
ns, a vu passer beaucoup de nageurs dans son club de Melbourne. Mais la perspective de s’occuper pendant quelques mois (*) de Camille Lacourt semble réjouir le coach australien. Qui avait entrevu le potentiel du triple champion du monde français (100 m dos en 2011, 50 m dos et 4 x 100 m 4 nages cet été) il y a bien longtemps.

Camille Lacourt a expliqué que, s’il s’était tourné vers vous, c’est parce que vous vous étiez occupé quelques jours de lui en 2009.
Je connais très bien Rommy (Romain Barnier, alors l’entraîneur de Lacourt à Marseille). À Monaco, en marge d’un meeting, on discutait et j’ai passé du temps avec Camille. Je lui avais dit, comme à Rommy, que je pensais qu’il pouvait être le meilleur du monde. Il avait un ressenti de l’eau incroyable, il était magnifique à voir, vraiment comme un poisson dans l’eau. Il n’était pas bon dans les virages ni dans la sortie de coulée donc j’avais essayé de l’aider techniquement sur ces points-là, de lui donner des petits trucs.

Avez-vous été surpris par sa demande de venir s’entraîner à Melbourne ?
Beaucoup d’étrangers me contactent pour venir quelques mois. La plupart du temps, je dis non. Mais j’aime beaucoup Camille. Humainement, c’est un gars vraiment relax. Et j’aime entraîner des athlètes qui sont au top niveau pour voir si je peux les aider à devenir encore meilleurs.

Que pensez-vous pouvoir lui apporter ?
Je sais qu’il est très connu en France et parfois, quand on devient connu, plein de choses vous éloignent de l’essentiel : l’entraînement. Vous faites des petits compromis, vous vous reposez moins donc vous récupérez moins bien. Ici, Camille va pouvoir s’entraîner sans être distrait. À Londres, je pensais qu’il allait gagner, j’ai vraiment été surpris par sa performance (4e du 100 m dos aux JO). Je pense que c’est difficile de se concentrer sur la natation quand on devient une star. J’espère lui apprendre quelques petites choses pour gagner ce dixième qui peut faire la différence.

« Il faut qu'il s'entraîne pour être numéro 1 »

À quoi ressemble le Melbourne Vicentre Swimming Club, où il va s’entraîner ?
On a deux piscines de 50 m, une couverte et une découverte, et on est désignés presque tous les ans meilleur club d’Australie. Il y a 600 nageurs au club, j’en entraîne sept en ce moment. Je n’ai pas de grand nom à part Matt Targett (champion du monde 2011 du 4 x 100 m). J’ai déjà entraîné beaucoup de dossistes, je connais, on va pouvoir travailler la technique.

 Pensez-vous que Camille peut retrouver, à vingt-huit ans, son niveau de 2010 (52’’11, record d’Europe) ?
Camille peut nager encore plus vite qu’il ne l’a fait. À Barcelone (aux Mondiaux, cet été), vu qu’il a fait un long break après les JO, son 100 m dos (5e) était pas mal et je pense que sa victoire sur 50 m dos était importante pour sa confiance. Il a vraiment la capacité de redevenir numéro 1. Ce qu’on va voir, c’est le travail qu’il est prêt à fournir pour y arriver. Quand Camille avait une seconde d’avance sur le reste du monde, j’ai l’impression qu’il a eu du mal à garder sa motivation. Il faut qu’il s’entraîne pour être numéro 1.

Camille dit lui-même qu’il ne parle pas très bien anglais. Comment allez-vous communiquer ?
Je pense qu’on va se comprendre, il y a au club des familles françaises qui ont proposé de nous aider. Je sais qu’il comprend un anglais basique. Et j’écris tous mes entraînements. Il aura sans doute du mal au début mais ce n’est pas grave. Ça va même nous permettre de nous amuser un peu ! 


source : l'équipe du 9 octobre 

lundi 30 septembre 2013

Fabien Gilot " Je ne veux pas être le maillon faible "


Après les mondiaux de Barcelone, le nageur français Fabien Gilot se donne encore trois ans pour décrocher un titre individuel. Mais sa priorité reste le relais tricolore, là où il se sent le mieux, comme un poisson dans l'eau. 




Il n'est pas le plus beau, ni le plus fort, ni le plus connu des nageurs français. Et pourtant, Fabien Gilot est un sportif sur lequel on peut compter. Depuis une dizaine d'années, il fait partie des compétiteurs les plus réguliers, aux côtés de Jérémy Stravius. Cet été, il a éclaboussé les mondiaux de Barcelone de par des temps records et sa confrontation historique avec le sprinter James Magnussen avec les relais. S'il peine individuellement, Gilot ne se tracasse pas : l'équipe, ça le motive, ça le transcende. Un état d'esprit collectif qu'il a façonné dès son plus jeune âge, quand il a attaqué... le water-polo. C'était pour promouvoir cette discipline, mais également pour rendre hommage à Pierre Viers, champion du monde 2013 sur 100 m brasse en Afrique du Sud, qu'il était de passage dans le Cantal il y a quelques semaines.
 Le 28 juillet dernier à Barcelone, avec Yannick Agniel, Florent Manaudou et Jérémy Stravius, vous devenez champion du monde du relais 4x100 m nage libre. Et vous vous payez même le luxe de réaliser le meilleur temps de la finale en 46 s 90. L'équipe, ça vous transcende ?

Fabien Gilot : Je pense que y'a un peu de ça c'est sûr. Tu ne veux pas être le maillon faible du relais forcément. Et après, moi, j'aime le relais. Je viens du collectif, j'ai commencé par un sport co, le water-polo, et j'ai eu de la chance de pouvoir continuer là dedans en faisant un sport individuel. C'est un peu contradictoire mais c'est ce qui me plaît.
 
Vous avez un tatouage en hébreu sur le bras qui signifie : "Je ne suis rien sans les autres". La notion d'équipe a toujours été très importante pour vous ?

Moi aujourd'hui, j'aurai du mal sans émulation, sans un staff autour, sans l'équipe que je connais pour travailler au quotidien. S'entraîner tout seul, c'est difficile, c'est vraiment quelque chose de particulier.
 
Après Barcelone et vos deux titres mondiaux, quels sont vos prochains objectifs ?

Au mois de décembre, on a le
s championnats d'Europe en petit bassin au Danemark. L'objectif sera de ramener le titre en individuel. J'avais été vice-champion d'Europe il y a deux ans, vice-champion du monde en petit bassin sur 100 mètres en individuel. Il faudra que j'essaye d'aller chercher ce titre que je n'ai pas décroché encore en petit bassin et continuer à gagner avec les relais.

 
Ça vous manque un titre en individuel ?

C'est-à-dire que plus tu avances plus tu connais le sport de haut niveau. Y'a des gens qui naissent avec un peu plus de talent que toi... Alors où tu arrives à les faire chavirer le jour J ou alors... Michael Phelps, il a travaillé très dur mais il n'a pas travaillé plus dur qu'une cinquantaine d'autres nageurs dans le monde. Il est juste né avec ce petit talent en plus qui fait que c'est Michael Phelps. Bien sûr, si je continue encore trois ans, c'est pour aller chercher des courses en individuel également mais dans le monde du sport du haut niveau français, olympique et dans le monde de la natation mondiale, les gens nous connaissent et nous montrent du respect. Ça fait dix ans que je suis au plus haut niveau, ça fait dix ans que je ramène au moins une médaille internationale tous les ans donc les gens ont du respect par rapport à ce que ça peut représenter.
 
Vous vous êtes fixé cette date butoir de trois ans ?

Dans trois ans, ce sera ma quatrième olympiade, et si je décroche une médaille olympique de nouveau, je serai le premier nageur français à décrocher trois médailles olympiques sur trois olympiades différentes. Ça n'a jamais été fait encore.
 
Et après ?

Et après, j'arrêterai. Je penserai à ma reconversion. Je termine cet hiver un Master en management. Je rentre au Conseil économique social marseillais pour essayer de faire avancer un peu la ville. Après, rester autour du sport, c'est une certitude. J'ai certains sponsors qui sont intéressés, on verra... Rester autour du sport, ça c'est sûr et certain. Probablement travailler avec le CNOSF ou le CIO un petit peu. Après, y'a trois, quatre ans encore avant que j'arrête, donc j'ai le temps de voir venir, ce ne sera peut-être pas forcément la même chose dans trois ans.
 
L'étranger, ça ne vous a jamais tenté, comme certains de vos collègues, Yannick Agniel, Frédéric Bousquet, qui sont partis aux États-Unis ? 

Je suis licencié à Marseille mais on s'entraîne énormément à l'étranger. On fait beaucoup de stages où on va travailler avec les gens qu'on aime bien, surtout aux États-Unis, avec les sprinters américains. Et inversement, cette année, ils étaient venus s'entraîner avec nous à Marseille, Nathan Adrian, Tony Irvine. Donc beaucoup d'échanges en fait. Quand je suis arrivé à Marseille il y a huit ans maintenant, c'est le moment où la natation française a redécollé, où on a instauré cette nouvelle méthode de travail entre guillemets où à l'époque, être nageur, c'est faire des longueurs, des kilomètres et des kilomètres qui servaient, à mon goût, à rien. Quand tu passes trop dans le volume tu perds le qualitatif et nous, on a énormément raccourci les kilométrages, quasiment de moitié, pour travailler plus en dehors de l'eau : salle de muscu, développement athlétique, développement physique, du vélo, courir, des séances de préparation physique sur le sable,... Donc au début ça a fait rigoler, parce que quand tu es nageur, tu es sensé nager... C'était une méthode qui existait aux Etats-Unis depuis déjà pratiquement dix ans et qu'on a essayé en nous entraînant là-bas. Et ça m'a plu justement ce côté un peu chauvin, de réussir dans ce pays de sprinters, de se transformer physiquement. Et aujourd'hui on se rend compte que tous les pôles France et tous les grands nageurs français que vous pouvez connaître qui réussissent, ont cette méthode de travail. Donc content d'avoir été les pionniers de cette méthode en France.
 

Ça vous a permis de revenir à votre niveau après vos blessures ?

J'ai connu des blessures forcément, au dos, fracture au dos à la troisième lombaire où j'ai failli me retrouvé handicapé en faisant le con ; en septembre je me suis fait opérer de l'épaule donc j'ai eu cinq mois d'arrêt... Cinq mois d'arrêt c'est long à regarder les autres nager. Atteindre le haut niveau, ça demande énormément de sacrifices, faut se poser énormément de questions, ta vie est dirigée par la natation. C'est-à-dire faire des sacrifices sur la famille, les amis, tes loisirs, le réveil, la montre en fait. C'est la natation qui dirige ta vie vraiment : je me couche à telle heure, je me lève à telle heure, il faut que je mange ça... Si tu veux vraiment réussir dans le haut niveau, il faut accepter ces sacrifices que tu as l'impression de faire. C'est une chose normale pour avoir une chance de réussir. Ne serait-ce que juste avoir une chance de réussir. C'est ce qui fait pour moi la particularité des grands champions, c'est cette petite touche un petit peu particulière que les sportifs de haut niveau ont. Ne jamais abandonner tout simplement, peut importe ce que tu rencontres dans la vie, ne jamais abandonner. Et c'est pour ça que ce sport est si beau, c'est une école de la vie.

Vous êtes aujourd'hui aux côtés d'un autre champion du monde de la natation, Pierre Viers (à gauche sur la photo), qui revient d'Afrique du Sud multi-titré. Vous saviez que les championnats du monde des transplantés existaient ?

Je découvre. Je suivais les paralympiques depuis quelques années déjà mais je ne savais pas que y'avait les championnats du monde des transplantés. J'apprends quelque chose aujourd'hui et désormais je suivrais mieux. Mais ce qui est intéressant, c'est de se rencontrer et tu te rends compte qu'on tient les mêmes discours, que y'a des échanges qui sont très intéressants, qui peuvent être constructifs pour l'un et pour l'autre. La gestion en amont de l'événement, le stress sur le jour J. Ce qui fait la performance le jour J, c'est pas juste l'état physique, y'a tellement de choses qui entrent en compte. Et de côtoyer des sportifs de haut niveau, d'échanger sur leur préparation au quotidien, qu'est-ce qu'ils font dans l'année, comment se gère la semaine de compétition, c'est toujours enrichissant et on en retire souvent du bon.
 
Avec Pierre Viers, on parle d'un titre de champion du monde, d'une médaille de vice-champion du monde, d'une troisième place, d'une quatrième place. Un titre de champion du monde ça reste un titre de champion du monde. C'est toujours des années particulières, des compétitions particulières, donc que tu ne peux que avoir du respect. Un titre planétaire, ça veut dire que y'a personne au monde qui n'a été plus vite que toi dans ta discipline. On est un petit nombre à pouvoir prétendre avoir fait ça dans notre vie.
 
Ça vous tiendrait à coeur qu'une catégorie aux Jeux olympiques soit pour les transplantés, comme pour les paralympiques ?

Je trouve que ce serait logique. Les paralympiques ont mis du temps à éclore, aujourd'hui on se rend compte qu'on en parle sur les années olympiques pratiquement autant que les Jeux olympiques classiques et c'est une très bonne chose. Après, comme toute chose à mettre en place, ça prend du temps mais pour moi ce serait logique qu'il y ait une catégorie de transplantés aux Jeux olympiques ou sur les championnats du monde auxquels on participe.
 
À quand des vacances ?

On ne prend jamais plus de trois à quatre semaines de vacances sinon ça prend trop de temps à remettre le corps en marche. Le feeling avec l'eau pour l'apprivoiser, ça prend des années et il ne faut pas perdre ce que tu as trouvé.
source : lepetitjournal.com

jeudi 26 septembre 2013

Entretien avec Mylène Lazare



Aux Jeux Olympiques de Londres l’année dernière, Mylène Lazare a remporté la médaille de bronze avec le relais 4×200 m nage libre. Alors qu’elle a repris ses études cette année, elle a de nouveau été médaillée de bronze avec le relais aux Championnats du monde de Barcelone il y a un mois. Entretien.












Mylène, le grand public t’a découverte lors des Jeux Olympiques de Londres l’année dernière où tu as remporté la médaille de bronze avec le relais 4×200 m nage libre. Considères-tu que cette médaille a été la réalisation d’un rêve ?

Je dirais que la qualification pour les Jeux Olympiques était déjà la réalisation d’un rêve. Quand on est sportif de haut niveau, qui plus est dans un sport olympique, on rêve d’y accéder. Les Jeux Olympiques sont un peu la finalité. Après, on savait que le relais 4×200 m avait la capacité de remporter une médaille et on a fait en sorte que ça se passe du mieux possible. La médaille a vraiment été la cerise sur le gâteau !

Tu as remporté cette médaille au titre de ta participation aux séries du relais, mais tu n’as pas pu monter sur le podium officiel des JO. Est-ce que cela a été particulièrement frustrant pour toi ?

Non, ça n’a pas été frustrant parce que je savais que mon objectif en venant à Londres avec l’équipe était vraiment de qualifier le relais pour l’après-midi pour que les filles soient dans les meilleures dispositions et puissent faire la meilleure performance possible. Ça s’est finalement passé comme on l’espérait. Mon rôle a été de soutenir le relais et c’est ce que j’ai fait. On a été six médaillées sur l’épreuve. J’étais vraiment heureuse de voir les filles sur le podium. Même si je n’y étais pas, elles l’ont suffisamment partagé avec nous donc c’était un plaisir !

De quelle façon as-tu reçu cette médaille olympique ?

Je l’ai reçue quelques minutes après le podium. C’est le DTN qui l’a remise à Margaux Farrell et à moi. On était avec tout le staff de l’équipe de France. J’ai pu rejoindre ma famille après. Leur montrer la médaille était super !

Raconte-nous comment tu as vécu la période entre ta série nagée du matin et la finale du relais des Jeux Olympiques le soir. As-tu passé ce temps avec les titulaires de la finale ?

A la suite des séries, je suis allée récupérer avec les nageuses du matin. Camille (Muffat) et Ophélie(Cyrielle-Etienne) renageaient le soir et j’ai donc récupéré avec elles. Après, on est retournées au Village Olympique ensemble. On a déjeuné ensemble et on est reparties à la piscine ensemble. On voulait vraiment faire sentir qu’on était une équipe et qu’on était toujours six jusqu’au moment où elles ont plongé. Après, j’étais dans les gradins avec Margaux Farrell (l’autre remplaçante) et Alain Bernard et on a suivi la course de près. Il y avait tous les nageurs français mais c’est vrai qu’on était assez soudés tous les trois : Alain espérait beaucoup cette médaille par rapport à Coralie (Alain Bernard est en couple avec Coralie Balmy, ndlr), et Margaux et moi espérions aussi avoir cette médaille.
J’avais déjà vécu une finale sur d’autres compétitions internationales de l’autre côté, en étant derrière le plot et en y participant. C’est finalement encore plus stressant d’être dans les gradins parce qu’on n’est pas acteurs de la performance ! C’est difficile, mais il y a beaucoup d’excitation. On partage avec les autres membres de l’équipe de France. C’est différent !

Il y a quelques semaines, tu as remporté la médaille de bronze du relais 4×200 m nage libre aux Championnats du monde de Barcelone. As-tu ressenti une pression supplémentaire comme tu étais cette fois-ci titulaire en finale ?

Non, je n’ai pas vraiment ressenti de pression particulière parce que je savais ce que j’avais à faire. J’étais concentrée sur l’objectif. Finalement, j’étais moins stressée que l’année d’avant dans les gradins à encourager les filles ! C’était vraiment différent. Je participe régulièrement à ce relais depuis 2008 donc l’expérience a fait que je n’avais pas trop de stress. J’avais beaucoup d’envie et de motivation. Et puis on était soudées : quand on est quatre derrière le plot, c’est autre chose que quand on est toute seule !

Le relais français semble se rapprocher d’année en année des deux premières places. L’objectif est désormais plutôt de confirmer ces deux dernières médailles de bronze ou bien d’aller chercher les Etats-Unis et l’Australie ?

C’est vrai qu’on se rapproche d’année en année. Je pense que la médaille d’argent sera vraiment réalisable d’ici quelques temps. Et d’ici quelques années supplémentaires, ce serait bien que ce soit la médaille d’or. Camille (Muffat), Charlotte (Bonnet) et Coralie (Balmy) ont réalisé de très belles performances dans la finale. Moi, je suis venue donner un coup de main étant donné que je me suis beaucoup moins entraînée cette année car j’ai repris mes études. J’espère que dans les années à venir, il y aura la relève pour permettre à ce relais de faire encore mieux que troisième !

Cette année, tu as fait un BTS assistante de gestion en alternance. L’objectif pour toi était d’avoir une autre activité en parallèle de la natation ou bien de préparer ta reconversion dès maintenant ?

Je savais très bien que j’allais reprendre mes études après les Jeux. C’était un projet qui était réfléchi depuis 2010 : l’objectif était de participer aux Jeux et de remporter la médaille, chose faite à Londres, et de reprendre mes études en septembre. C’est devenu mon projet principal mais je ne me sentais pas d’arrêter de nager. J’avais toujours de la motivation et j’ai besoin de faire du sport. Être dans l’eau est vraiment important pour mon équilibre personnel. J’ai donc décidé de continuer à nager. Mais avec mon emploi du temps, je ne pouvais nager qu’une seule fois par jour. J’ai fait ça pendant une saison et ça a très bien marché. Si je n’avais pas été qualifiée aux Championnats du monde, ça n’aurait pas été une déception. Tout ce qui vient après les Jeux de 2012 est du bonus !

Le fait se pratiquer la natation à haut niveau et en parallèle de continuer ses études et d’être en entreprise une semaine sur deux est très exigeant. As-tu parfois atteint tes limites physiques et songé à arrêter l’un ou l’autre ?

Je ne dirais pas que ce sont des limites physiques parce que la fatigue physique que je pouvais ressentir quand je m’entrainais deux fois par jour au Pôle France d’Antibes était finalement bien supérieure à ce que je peux ressentir aujourd’hui. Par contre, ça a été très dur  avec la fatigue nerveuse, au niveau de la concentration. Après une journée de cours ou de travail, se mettre dans l’eau n’est pas toujours évident. Oui, il y a eu des moments où je me suis demandé comment j’allais faire pour tenir. A partir de novembre, le rythme a vraiment commencé à être difficile et je me suis donc posée des questions. Mais je ne suis pas du genre à lâcher en cours de route quand j’ai un objectif. J’avais prévu de faire cette saison en nageant et de faire mes études en même temps et je voulais vraiment voir ce que ça donnait. Je suis contente de ne pas avoir flanché en cours de route !

Pour l’instant, ton palmarès international est entièrement bâti sur le relais 4×200 m avec lequel tu as remporté une médaille aux JO, aux Championnats du monde petit et grand bassin, et aux Championnats d’Europe. As-tu aussi des ambitions et objectifs en individuel au niveau international pour l’avenir ?

J’ai 25 ans, ce qui n’est pas tout jeune pour une femme en natation. C’est vrai que mon palmarès s’est construit autour de ce relais 4×200 m nage libre. Mais avec Camille Muffat et Charlotte Bonnet actuellement et Laure Manaudou et Alena Popchanka à l’époque, il y a toujours eu de très bonnes nageuses sur le 200 m. Je n’ai pas pu me faire ma place mais je ne l’ai pas vécu comme une frustration parce que je n’aurais pas pu faire de tels résultats sur le relais 4×200 m s’il n’y avait pas eu ces têtes d’affiche en France. Mon parcours est ce qu’il est, mais je suis vraiment contente d’avoir fait ça et d’avoir partagé à chaque fois ces expériences et ces beaux moments avec les filles du 4×200 m. Le fait de se retrouver à quatre derrière le plot et de partager une victoire est vraiment fort !

Et pour finir, la question classique : les Jeux Olympiques de Rio 2016, tu y penses ?

Depuis septembre 2012, je prends saison après saison. J’ai bouclé celle qui vient de se terminer avec les Championnats du monde. J’ai pris la décision de continuer une autre saison, et après on verra ! Je sais que je nage jusqu’en août 2014, et après on verra !

source : interviewwsport.fr

mercredi 25 septembre 2013

Les confidences de Laure Manaudou

Laure Manaudou est revenue sur sa carrière. Passé présent et futur, la championne olympique du 400m nage libre se livre avec sincérité et émotion.



Son envie de partager
« J’essaie de créer une ligne de maillots de bain, de bijoux. J’ai commencé à faire des séminaires en entreprise sur les femmes, le stress et le doute. On m’a proposé d’écrire ma biographie. Au début, je me suis dit que c’était beaucoup trop tôt, que j’avais encore beaucoup de choses à vivre. Je n’avais pas envie de fermer la page tout de suite. Après, en travaillant avec Nathalie Avril, une coach de média-training, j’ai pris conscience de ce que j’avais pu faire dans le passé, pendant ma carrière. J’ai envie de le partager, maintenant. Je ne me rendais pas compte. Pour moi, c’était juste normal. Une suite logique de tous les entraînements que j’avais faits. Pour moi, c’était normal d’être championne olympique. C’était mon but de l’être, d’être championne du monde. C’était la consécration. »

Des choix assumés... sans regret

« Avec le recul, j’ai toujours réagi sur le moment sans réfléchir. Je sais très bien que j’aurais pu être plusieurs fois championne olympique en restant avec Philippe Lucas, gagner beaucoup plus d’argent. Mais je n’étais pas heureuse comme ça. Je suis partie de Canet-en-Roussillon pour aller en Italie. Ce n’était pas vraiment ce qu’il fallait faire. Mais je n’étais pas heureuse tous les jours donc forcément, je n’avais plus envie de nager. J’assume tout. Des regrets ? Je me dis que sans ces choix, je n’en serais pas là aujourd’hui, que je n’aurais peut-être pas eu ma fille et que je ne vivrais pas à Marseille, une ville que j’aime beaucoup. »

2007 : partir « pour protéger Lucas »

« Comme tout le monde, je suis allée voir un psy. C’était plus perso. Ma fille m’a fait prendre conscience de certaines choses, qu’il fallait que je sois accessible aux gens. J’avais envie de changer l’image que j’avais, d’une fille capricieuse qui faisait un peu tout sans respecter les gens. Je n’avais pas envie que ma fille me voit comme ça. Le fait de voir une coach, c’était vraiment pour parler, prendre du recul par rapport à ce que j’ai fait. J’ai découvert des choses. Comme quitter Philippe Lucas en 2007… Inconsciemment, je l’ai protégé de mon échec de Pékin. Il a assumé beaucoup de choses pour moi et c’était peut-être une manière de le protéger. »

Sans proposition de reconversion de la Fédération

« On m’a demandé il y a quelques semaines si j’avais eu une proposition de la FFN. Je n’en ai pas eu. Après, ce n’est pas forcément ce qui m’intéresse. Je ne suis pas la seule dans ce cas-là. Ils se disent que ce n’est pas leur problème. Nous, on est là pour nager et faire briller la France. Après, on se débrouille. Topsec, un distributeur de maillots de bain, m’a proposé de travailler sur ma ligne. Je travaille un petit peu avec Reebok. On est vraiment mis dans la gueule du loup. Qu’on ait 20 ans ou 40, c’est la même chose. On n’est pas préparé. J’en ai eu un petit aperçu quand j’ai arrêté après Pékin. J’ai la chance d’avoir gagné pas mal d’argent donc j’ai le temps de voir venir. Mais je me suis retrouvé dans le même cas après Londres, alors que je savais à quoi m’attendre. A part Alain Bernard, Fabien Gilot et les nageurs marseillais, il n’y a pas beaucoup de nageurs qui peuvent vivre de la natation. Esther Baron (ndlr, son amie) ? Elle méritait d’aller aux Jeux et d’avoir une médaille. Je ne sais pas si ce qu’elle fait (ndlr, maître nageuse) la passionne tous les jours. Mais je me doute bien qu’elle ne s’amuse pas tous les jours non plus à respirer du chlore. »

Les études, son principal regret

« On est privé de certaines choses mais c’est parce qu’on le décide. On fait du sport parce qu’on en a envie. Je regrette d’avoir arrêté les cours à 14 ans. Je n’avais que la natation dans ma vie. C’est pour ça que je suis arrivée à saturation. Si j’avais fait des études, j’aurais pu continuer plus longtemps la natation pour avoir un autre centre d’intérêt. J’ai fait le CNED (enseignement à distance). J’ai pris l’initiative de le faire. Mais ce n’est pas possible de travailler toute seule. »
source : rmcsport.fr

mardi 17 septembre 2013

Interview de Lionel Horter « Un jour, vous aurez huit Yannick Agnel en finale »

Lionel Horter, Directeur technique national français, fait le bilan des Bleus à Barcelone ou il évoque, entre autres, le cas Agnel, le présent de la natation française et l'avenir de la natation mondiale.
Et il nous a dit à quoi pensent les nageurs quand ils nagent.






Maintenant que Yannick Agnel est champion du monde du 200 mètres, vous pouvez nous le dire : il bluffait quand il disait que ce serait dur pour lui ?
Je n'ai pas mon portable personnel sur moi, sinon je vous aurais montré des photos que j'ai faites fin mai, début juin, quand il était à Paris et qu'on cherchait des solutions. On a fait… pas les clochards, mais les SDF de la natation mondiale pendant quelques semaines. On l'a emmené dans les piscines parisiennes, j'étais au bord du bassin pour le faire nager, j'étais loin d'imaginer à ce moment-là qu'il serait champion du monde à Barcelone.

Ce qui lui est arrivé avant les Mondiaux l'a-t-il vraiment déstabilisé ?
C'est surtout que ce n'est pas rationnel en termes de préparation, il a eu une vraie cassure. Trois ou quatre semaines d'arrêt… En six semaines on guérit d'une fracture, le corps arrive à résoudre le problème. Alors chez un nageur qui s'arrête de nager quatre semaines, y a tout qui change.

Qu'est-ce qui a permis à Yannick de gagner ?
Il a été sauvé par son travail tout au long de sa carrière, et tout au long de l'année avec Fabrice Pellerin jusqu'au mois de mai, quand il a quitté Nice. Et je crois qu'on ne s'est pas trompé sur l'endroit où on l'a posé [à Baltimore, chez l'ancien entraîneur de Michael Phelps]. Ensuite, son talent, bien sûr. Et sur la course en elle-même, son mental. Parce que ce qu'il a fait… Sans aucun complexe de supériorité, je pense que ses adversaires ont pris une grosse claque. Ce qui s'est passé, c'est une grosse mise au point.

Jusqu'où peut-il aller ? Michael Phelps le dit capable de battre le record du monde sur 200m réalisé en combinaison.
Il doit d'abord construire ses repères là où il est. Clairement, l'objectif, c'est Rio en 2016. Garder son titre olympique, ce qui est très, très difficile. Un seul nageur a gardé son titre entre 2008 et 2012, il s'appelle Michael Phelps. Quatre ans, dans le sport de haut niveau, c'est très, très long, même avec des gens de talent. L'usure, les accidents, la vie, les jeunes qui arrivent chaque année... L'autre objectif, c'est d'élargir sa palette de distances. Il peut tout faire du 100 au 400.

Et le demi-fond (800m, 1500m) ?
Non. Vous avez dû noter ici qu'il allait y avoir un Chinois pour quelques années. Sun Yang [champion du monde du 400, du 800, et probablement du 1500 ce soir], c'est le même que Yannick, mais sur le demi-fond. Deux mètres, un talent fou. Si Sun Yang redescend sur 200, ce n'est pas impossible qu'il batte Yannick. Mais ce n'est pas impossible non plus que, si Yannick monte sur 400, il arrive à le battre. C'est le seul nageur au monde qui peut battre Sun Yang au 400.

Comment avez-vous vécu le départ d'Agnel aux États-Unis ?
C'est un problème entre Fabrice Pellerin et lui. À la Fédération française de natation, on a pris le problème en cours, en essayant de se poser les bonnes questions. Je n'ai pas peur de dire que Yannick est un actif de la natation française, et que je suis dans ma mission quand je protège cet actif en essayant de trouver une solution pour que, sportivement et humainement, il puisse pérenniser son aventure. Ça ne m'empêche pas d'avoir aussi ce souci-là avec son entraîneur, Fabrice, qui est quelqu'un de très important pour la Fédération français, avec la structure de Nice.

Qu'un nageur et son entraîneur se brouillent n'est pas nouveau. Ce qui l'est, en revanche, c'est le retentissement qu'a eu cette histoire.
C'est lié à la médiatisation de Yannick en France. Je note que Lochte a annoncé qu'il quittait son entraîneur mythique de toujours pour aller s'entraîner en Australie, et ça n'a pas fait une ligne, ni en France ni aux États-Unis. Que des nageurs changent de structure, ça s'est déjà produit plein de fois avant, ça se produit dans tous les pays du monde, et ça se produira encore.

Ce qui est peut-être aussi un peu nouveau, c'est le fait de s'exiler.
Non, ça s'est toujours fait. J'ai passé deux ans aux États-Unis dans les années 80 quand j'étais nageur. Frédéric Delcourt [médaillé olympique en 1984] s'entraînait aux États-Unis aussi. C'est aussi vieux que la natation française, et que la natation tout court. D'ailleurs, je trouve ça très étonnant. Voir Yannick chez Bob Bowman, le responsable de la natation américaine masculine... Cet homme, dans ce pays tellement nationaliste, qui a une telle capacité à se rassembler naturellement derrière le drapeau, il entraîne Yannick. Pour moi, c'est le symbole d'une certaine forme d'échange, de communauté internationale qui existe dans la natation, et qui n'existait pas il y a cinq ou dix ans. Dans le monde de la natation, les barrières ont tendance à s'estomper. Maintenant, tous les continents ont explosé, l'Amérique du Sud avec le Brésil, l'Afrique, avec des champions qui viennent d'Afrique du Sud. C'est un sport qui s'est internationalisé ces vingt dernières années, et la France a été bénéficiaire de cet échange d'informations.

"ON N'AURA JAMAIS LES MOYENS DE LA NATATION AMÉRICAINE,
QUI A UNE PISCINE DANS CHAQUE UNIVERSITÉ"

Quel est l'atour majeur de la natation française ?
Une parfaite utilisation du potentiel des athlètes qu'on a, une optimisation du parcours de chacun dans chaque structure. On a une petite natation, dans un petit pays, avec peu de moyens, mais quand il y a un potentiel, on l'emmène au bout la plupart du temps, il y a beaucoup moins de déchet que dans des grands pays comme l'Australie, la Chine, la Russie ou les États-Unis. Il y a maintenant des structures, des clubs, des entraîneurs remarquables en France, qui ont vraiment développé une culture de la performance et du haut niveau, et qui, quand ils rencontrent un talent, l'emmènent au bout. Cela dit, on reste un nain en termes d'organisation autour du sport. Quand on bat un nageur américain, c'est vraiment un exploit, ça veut dire qu'on a beaucoup mieux travaillé, parce qu'on a beaucoup moins de moyens.

Les résultats de la natation française paraissent presque miraculeux par rapport aux moyens dont elle dispose.
Pourvu que ça dure.

Ces moyens évoluent-ils ?
Oui, la Fédération y travaille. Les principaux chantiers pour nous, c'est de développer des structures d'entraînement, avec des piscines dédiées, puisqu'on vit dans un environnement concurrentiel en termes d'occupation des piscines. Les clubs et le haut niveau rencontrent de plus en plus de public. Alors c'est bien sur le plan de la santé que de plus en plus de gens nagent, notamment tard dans leur vie, mais la fréquentation des piscines et devenue un vrai problème, et la place du haut niveau a parfois tendance à se réduire dans certains endroits. Il faut se battre pour que les clubs et les entraîneurs aient de bonnes structures d'entraînement. La Fédération recherche des moyens, et on est en légère augmentation de nos ressources au niveau des partenariats financiers. On se bat avec nos atouts, mais on n'aura jamais ceux de la natation américaine, qui a une piscine dans chaque université, ou de l'Australie, où la natation est le sport national. Quant à la Chine, elle est en train, si elle ne l'a pas déjà fait, de dépasser tout le monde dans tous les domaines. Et la Russie aussi est un continent. Obtenir des résultats contre ces gens-là en natation découle d'une optimisation remarquable des moyens en place.

A ce propos, que se passe-t-il sur le relais 4 x 100 ? En 2012, en 2013, les sprinteurs français n'étaient pas les plus forts, et pourtant l'équipe de France a gagné. Comment ? L'esprit d'équipe qui transcende l'individu ? 
La réponse est dans la question. Mais je vous avoue qu'on ne comprend pas toujours tout. Le plus étonnant, c'est de le faire deux fois de suite. Battre les Australiens, ça ne paraissait pas possible. Pour eux, d'ailleurs, c'est une catastrophe. La natation là-bas, c'est comme le football chez nous. J'ai croisé, il y a quelques jours, un des entraîneurs de l'équipe australienne, qui m'a dit en rigolant :"Quand on va rentrer chez nous, on va aller en prison."

A quel point la natation française est-elle fragile ? Peut-on imaginer la voir un jour reculer ?
La vie est faite de cycles. Si on bat l'Australie aujourd'hui, c'est qu'elle est dans une certaine partie d'un cycle. Battre les Américains deux ans de suite sur le 4 x 100, l'épreuve reine pour eux… Disons qu'on est sur notre point haut, et qu'ils sont sur une courbe en dessous de la nôtre. Ce qui compte, en dehors des résultats purs, c'est que les fondamentaux de la natation française continuent à progresser, que l'on profite de ces résultats pour qu'ils puissent se reproduire le jour où on aura une population de nageurs moins performante ou moins talentueuse.

Comment voyez-vous l'avenir de la natation mondiale ?
Il arrivera toujours qu'à tel ou tel endroit, quelqu'un travaille un peu mieux que les autres, mais il faut être conscient que, de plus en plus, ce qui va faire la différence, c'est le talent individuel des gens. Un jour en athlétisme, vous aurez huit Usain Bolt en finale du 100m. Et en natation, vous aurez huit Yannick en finale du 200m. C'est déjà pratiquement le cas, mais ça va encore s'accentuer. Ce ne sera plus seulement les structures, les systèmes, mais vraiment les talents. C'est l'évolution du sport, et de l'humanité presque.

Quels sont les dangers qui guettent la natation ?
Comme dans tous les sports : le dopage, et une démagogie financière exacerbée. J'aimerais que la natation garde le plus possible des règles du jeu simples, et conserve ses valeurs. À l'époque des combinaisons, on s'était rapprochés d'un gros problème. On l'avait tous mal vécu. J'ai failli m'arrêter à ce moment-là, ça ne correspondait plus à ce que j'avais envie de vivre. Il suffisait de mettre la bonne combi et on était devant. Si c'est pour faire de la Formule 1, ça m'intéresse pas.

Terminons avec la question qui nous agite depuis les début des Mondiaux : à quoi pensent les nageurs quand ils nagent ?
Quand ils s'entraînent, ils pensent à autre chose, ils chantent, ils sont ailleurs, même si les entraîneurs passent leur temps à leur dire de se concentrer sur ce qu'ils font. Et quand ils sont en compétition… Le monde aquatique c'est particulier. L'eau, c'est tellement de sensations... Et la natation est l'un des seuls sports où l'on s'entraîne autant et où l'on parle si peu. Un entraîneur au bord du bassin a peu de moyens de communiquer avec son nageur, c'est très spécial. Je crois qu'il y a une forme de coupure avec la réalité.

source : lemonde.fr

dimanche 15 septembre 2013

Florent Manaudou revient sur ses mondiaux de natation et parle de son avenir

Champion du Monde avec le relais 4x100 m nage libre aux Championnats du Monde de natation en juillet dernier, Florent Manaudou revient sur cette victoire mais aussi son échec sur 50 mètres. Il nous dévoile aussi ses objectifs pour l'avenir. 




Florent Manaudou, qu’avez-vous fait depuis les Championnats du Monde ?J’ai été en vacances. J’ai bougé un petit peu, je ne suis pas resté qu’à Marseille. J’ai pris un peu de temps pour moi, sans être dans l’eau tous les jours, sans faire trop de sport au début. J’ai quand même fait un peu de sport avec mon frère : surf, tennis, squash…

Cela vous a-t-il fait du bien ?Oui, cela fait du bien de couper, de ne pas avoir de piscine pendant un mois. Comme ça, cela permet d’avoir encore envie quand on reprend.

Avec le recul, quel bilan tirez-vous de ces Mondiaux ?Ce n’est pas un bilan positif mais très enrichissant. Déjà parce que j’ai vécu un relais formidable mais aussi une grosse déception donc je sais que cela va m’enrichir pour la suite. Finalement, ces championnats m’ont peut-être plus servi que les Jeux Olympiques l’année dernière.

Cet échec vous a-t-il fait grandir ?On verra l’année prochaine mais c’est sûr qu’un échec, cela fait grandir. Dans le sport, on ne peut pas tout le temps gagner. Je sais très bien que pour gagner, il faut bosser, bosser très dur. Et peut-être que cela va me permettre de bosser encore plus dur, de faire plus de sacrifices et de prendre conscience de certaines choses.

Allez-vous changer des choses dans la manière de vous entraîner ?Je vais m’aligner sur 100 mètres (nage libre) donc cela va changer deux ou trois petites choses à l’entraînement. Dans les fondamentaux, je vais voir cela avec mon coach en début de saison.

Vous dites que c’est dans la défaite qu’on apprend. Celle des Mondiaux vous a-t-elle fait apprendre des choses sur vous, en tant que nageur ?Oui, j’ai appris beaucoup. Je n’ai pas eu une année très facile. Cela a été un peu long, il y a eu beaucoup de changements, le décès de mon meilleur ami, mon coach du début de saison qui est parti… Donc beaucoup de choses se sont passées. J’espère que j’aurai une année un peu plus tranquille avec une victoire aux Championnats d’Europe au bout mais je vais quand même changer un peu mon approche de l’entraînement.


« Je reste le même »


Quel est votre programme pour la suite ?Là, on va beaucoup travailler la vitesse pour la saison en petit bassin qui, à nos yeux, n’est pas très importante. Ensuite, on va bien bosser pour les sélections. Cela sera un peu plus facile que les autres années car il y a 4 qualifiés par épreuve. Et enfin, les Championnats d’Europe fin août (à Berlin du 13 au 24 août 2014).

On voit certains nageurs partir s’entraîner à l’étranger. Cela vous a-t-il effleuré l’esprit ?En faisant des stages peut-être. Mais je me plais à Marseille. C’est déjà assez dépaysant pour moi qui suis de la région lyonnaise. Voir la mer tous les jours, c’est très plaisant. J’ai beaucoup progressé. Quand je suis arrivé, j’étais juste un sélectionné mondial. Aujourd’hui, je suis champion du monde et olympique. Je ne vais pas cracher dans la soupe, pour l’instant, ça marche. Donc je ne vais pas partir tout de suite en tout cas.

Le regard des gens a-t-il changé depuis les Jeux Olympiques ?Oui forcément. Aujourd’hui, les gens me voient plus comme un sportif à part entière que comme « le frère de Laure ». J’ai réussi à prouver que j’étais aussi un nageur. Les gens me reconnaissent un peu dans la rue mais ma vie n’a pas changé. Je reste le même, je vais à la piscine tous les jours, j’ai toujours le même appartement. Donc peu de choses ont changé.

Donc le plaisir est toujours le même ?Oui, l’envie et le plaisir sont toujours les mêmes.
Avez-vous eu plus de sollicitations au niveau médiatique, des sponsors ?Forcément. On est peu sollicité quand on est un nageur lambda. Mais il faut apprendre à vivre avec, cela fait partie de notre métier. Cela fait quand même plaisir d’avoir des sollicitations de temps en temps sans trop tomber dedans non plus.

On vous a vu aujourd’hui donner des conseils à des gens pas forcément spécialistes de la natation. Est-ce important ? Cela fait-il partie du travail ?C’est important de partager mon savoir car cela fait près de 20 ans que je nage. C’est un sentiment que j’ai naturellement. C’est compliqué de coacher mais si je peux donner des conseils aux gens, cela fait plaisir.

source : sports365