jeudi 26 septembre 2013

Le water-polo français veut refaire surface



En créant une nouvelle ligue, qui débutera ce week-end, la discipline veut sortir de l’ombre dans laquelle elle vit depuis une vingtaine d’années.
En épluchant la feuille de match de la finale des derniers championnats du monde de Barcelone, on pourrait croire à une erreur. Ugo Crousillat, ancien joueur du Cercle des nageurs de Marseille, a disputé les Mondiaux, décrochant la médaille d’argent et marquant un but en finale. Oui, mais sous les couleurs du Monténégro, pays dont il a pris la nationalité après avoir rejoint le club de Budva la saison dernière, laissant derrière lui l’équipe de France. Une équipe de France qui a assisté à la compétition devant sa télévision. Comme elle en a malheureusement pris l’habitude depuis de longues années. Sa dernière participation à un championnat d’Europe remonte ainsi à 2001 et ses derniers matches aux JO datent de Barcelone, en 1992 !
Une éternité pour une discipline qui avait apporté au pays son premier titre olympique dans un sport collectif en 1924 à Paris. Une discipline tombée peu à peu dans l’oubli depuis vingt ans, en raison de conflits récurrents entre ses responsables et la Fédération française de natation, à laquelle elle est affiliée. «À une époque, de manière très utopiste, un certain nombre de responsables du water-polo ont imaginé se dissocier de la Fédération française de natation pour créer une Fédération de water-polo, ce qui est inimaginable et qui n’a jamais vu le jour», rappelle Francis Luyce, président de la FFN.
La Fédération nous demande de faire nos preuves : on va donc lui montrer de quoi on est capables
— Ugo Crousillat
Pour mettre fin aux querelles de clocher et à un grand amateurisme (quatre des douze équipes de première division n’ont pas de bassin aux dimensions réglementaires !), les responsables du water-polo ont donc revu leur copie. Après moult discussions avec la Fédération française de natation, ils ont créé, en janvier dernier, la Ligue promotionnelle de water-polo (LPWP). «On était le seul sport d’équipe en France à ne pas disposer d’une ligue pour la gestion de ses championnats de première division», fait remarquer Marc Crousillat, président de cette LPWP et père d’Ugo. Ancien international ayant participé aux JO avec les Bleus, Crousillat veut «faire sortir le water-polo de l’ombre» en le structurant et en travaillant sur son image. «Aujourd’hui, on part vraiment de loin. Il y a même des gens qui croient qu’on joue avec des chevaux dans l’eau», souriait-il vendredi dernier lors de la présentation de la saison qui démarrera ce week-end avec la première journée du championnat désormais baptisé Pro A. Pour se faire connaître, la LPWP s’est adjoint les services d’une agence de relations presse et compte par exemple produire les résumés vidéo d’une affiche par journée pour les mettre à disposition des diffuseurs.
En dépit de l’appellation Pro A, le water-polo reste néanmoins un sport semi-amateur. Moins d’une centaine des 12.000 licenciés que compte la France sont professionnels en première division. Majoritairement des étrangers, issus de l’ex-Yougoslavie. Dans cette région, le water-polo est presque une religion, même si le nombre de licenciés y est parfois bien moins important qu’en France. Championne du monde l’été dernier, la Hongrie ne compte ainsi que 4000 licenciés. Le Monténégro, 1000 seulement. «Dans ces pays, ils ont mis en place des structures pour faire travailler les jeunes et les amener au haut niveau. Nous, on a beaucoup de licenciés mais on n’a pas mis en place de schéma de travail», déplore Crousillat.
Ce sera l’un des objectifs de cette LPWP, forte de ses 150.000 euros de budget, de sa charte chargée d’encadrer le statut du joueur professionnel (charte rédigée par un joueur international français, Alexandre Camarasa) et d’une volonté affichée de structuration. À partir de 2014-2015, aucun club ne pourra ainsi évoluer en Pro A sans un bassin réglementaire, «une règle incontournable, que personne n’avait voulu imposer jusque-là», affirme Luyce. «La Fédération est en position d’attente et nous demande de faire nos preuves : on va donc lui montrer de quoi on est capables», promet Ugo Crousillat.
source : sport24

mercredi 25 septembre 2013

Les confidences de Laure Manaudou

Laure Manaudou est revenue sur sa carrière. Passé présent et futur, la championne olympique du 400m nage libre se livre avec sincérité et émotion.



Son envie de partager
« J’essaie de créer une ligne de maillots de bain, de bijoux. J’ai commencé à faire des séminaires en entreprise sur les femmes, le stress et le doute. On m’a proposé d’écrire ma biographie. Au début, je me suis dit que c’était beaucoup trop tôt, que j’avais encore beaucoup de choses à vivre. Je n’avais pas envie de fermer la page tout de suite. Après, en travaillant avec Nathalie Avril, une coach de média-training, j’ai pris conscience de ce que j’avais pu faire dans le passé, pendant ma carrière. J’ai envie de le partager, maintenant. Je ne me rendais pas compte. Pour moi, c’était juste normal. Une suite logique de tous les entraînements que j’avais faits. Pour moi, c’était normal d’être championne olympique. C’était mon but de l’être, d’être championne du monde. C’était la consécration. »

Des choix assumés... sans regret

« Avec le recul, j’ai toujours réagi sur le moment sans réfléchir. Je sais très bien que j’aurais pu être plusieurs fois championne olympique en restant avec Philippe Lucas, gagner beaucoup plus d’argent. Mais je n’étais pas heureuse comme ça. Je suis partie de Canet-en-Roussillon pour aller en Italie. Ce n’était pas vraiment ce qu’il fallait faire. Mais je n’étais pas heureuse tous les jours donc forcément, je n’avais plus envie de nager. J’assume tout. Des regrets ? Je me dis que sans ces choix, je n’en serais pas là aujourd’hui, que je n’aurais peut-être pas eu ma fille et que je ne vivrais pas à Marseille, une ville que j’aime beaucoup. »

2007 : partir « pour protéger Lucas »

« Comme tout le monde, je suis allée voir un psy. C’était plus perso. Ma fille m’a fait prendre conscience de certaines choses, qu’il fallait que je sois accessible aux gens. J’avais envie de changer l’image que j’avais, d’une fille capricieuse qui faisait un peu tout sans respecter les gens. Je n’avais pas envie que ma fille me voit comme ça. Le fait de voir une coach, c’était vraiment pour parler, prendre du recul par rapport à ce que j’ai fait. J’ai découvert des choses. Comme quitter Philippe Lucas en 2007… Inconsciemment, je l’ai protégé de mon échec de Pékin. Il a assumé beaucoup de choses pour moi et c’était peut-être une manière de le protéger. »

Sans proposition de reconversion de la Fédération

« On m’a demandé il y a quelques semaines si j’avais eu une proposition de la FFN. Je n’en ai pas eu. Après, ce n’est pas forcément ce qui m’intéresse. Je ne suis pas la seule dans ce cas-là. Ils se disent que ce n’est pas leur problème. Nous, on est là pour nager et faire briller la France. Après, on se débrouille. Topsec, un distributeur de maillots de bain, m’a proposé de travailler sur ma ligne. Je travaille un petit peu avec Reebok. On est vraiment mis dans la gueule du loup. Qu’on ait 20 ans ou 40, c’est la même chose. On n’est pas préparé. J’en ai eu un petit aperçu quand j’ai arrêté après Pékin. J’ai la chance d’avoir gagné pas mal d’argent donc j’ai le temps de voir venir. Mais je me suis retrouvé dans le même cas après Londres, alors que je savais à quoi m’attendre. A part Alain Bernard, Fabien Gilot et les nageurs marseillais, il n’y a pas beaucoup de nageurs qui peuvent vivre de la natation. Esther Baron (ndlr, son amie) ? Elle méritait d’aller aux Jeux et d’avoir une médaille. Je ne sais pas si ce qu’elle fait (ndlr, maître nageuse) la passionne tous les jours. Mais je me doute bien qu’elle ne s’amuse pas tous les jours non plus à respirer du chlore. »

Les études, son principal regret

« On est privé de certaines choses mais c’est parce qu’on le décide. On fait du sport parce qu’on en a envie. Je regrette d’avoir arrêté les cours à 14 ans. Je n’avais que la natation dans ma vie. C’est pour ça que je suis arrivée à saturation. Si j’avais fait des études, j’aurais pu continuer plus longtemps la natation pour avoir un autre centre d’intérêt. J’ai fait le CNED (enseignement à distance). J’ai pris l’initiative de le faire. Mais ce n’est pas possible de travailler toute seule. »
source : rmcsport.fr

samedi 21 septembre 2013

Pas de compétitions en petit basin pour Yannick Agnel



De retour à Baltimore, Yannick Agnel a tracé avec Bob Bowman, son nouvel entraîneur, ancien mentor de Michael Phelps, sa feuille de route pour les mois à venir. Et l'ancien protégé de Fabrice Pellerin à Nice, double champion du monde l'été dernier à Barcelone (200m et 4x100m), ne participera pas aux championnats de France en petit bassin (du 5 au 8 décembre à Dijon) ni aux championnats d'Europe, toujours en petit bassin (du 12 au 15 décembre au Danemark), soucieux de privilégier les compétitions en grand bassin dès le début de la saison prochaine. On pourra en revanche voir le double champion olympique de Londres à l'occasion due Grand Prix de Minneapolis du 14 au 16 novembre puis lors d'une compétition entre les Etats-Unis et l'Europe programmée à Glasgow les 20 et 21 décembre prochains.
source : sports.fr

jeudi 19 septembre 2013

Portrait de Jérémy Stravius

Placé en famille d'accueil quand il était bébé, Jérémy Stravius y a découvert le bonheur et la natation.




Aujourd'hui, dans les tribunes du Palau Sant Jordi de Barcelone, elle sera une spectatrice discrète, attentive et émue. C'est la première fois qu'Henriette Arrachepied, 64 ans, assiste à des championnats du monde. Elle n'est pas spécialement fan de natation mais elle ne ratera rien du marathon aquatique de Jérémy Stravius cette semaine (lire ci-contre). Le champion olympique du 4x100 m est l'un des 25 enfants que cette ancienne assistante maternelle de la DDASS a accueillis dans son pavillon de Friville-Escarbotin (Somme). Celui qui est resté le plus longtemps, jusqu'à ses 19 ans, jusqu'à ce que la natation l'attire pour de bon à Amiens. Aujourd'hui, il l'appelle toujours "nounou", mais leur lien va bien au-delà. "C'est une histoire dont on pourrait faire un livre", dit Henriette.


Elle a commencé comme un fait divers sordide un vendredi de novembre 1988. Des gendarmes qui débarquent dans une maison de Saint-Valery-sur-Somme parce qu'un enfant a été aperçu en train de fouiller dans les poubelles. Ses quatre frères et sœur crèvent de faim. Surtout le petit dernier, quatre mois et onze jours : Jérémy. Leurs parents s'étaient absentés. Le soir même, les gamins sont placés dans deux familles d'accueil différentes. Les plus jeunes Frédéric (2 ans et demi), Virginie (1 an et demi) et Jérémy débarquent chez Henriette. "Il s'agissait de les remettre dans la vie normale, surtout la petite crevette." D'autant que la santé du nourrisson inquiète. Il ne réagit pas aux bruits qui l'entourent.

Un cocon strict mais douillet

De ses débuts chaotiques dans la vie, Jérémy ne sait guère que ce qu'Henriette lui a raconté, bien plus tard. "Mes parents avaient des problèmes financiers, on n'était pas très bien alimentés, explique-t-il pudiquement. Avec mon frère et ma sœur, on n'a pas non plus posé de question… On n'en ressentait pas le besoin parce qu'on était bien chez notre nounou. En fait, je n'ai que des bons souvenirs. On était plein d'enfants, on allait en vacances dans toute la France en caravane, on faisait du camping."
Ils ont aussi appris à nager ensemble, inscrits d'autorité par Henriette à la piscine Tournesol, tout juste séparée du pavillon par un petit parking. "C'était le seul endroit où on pouvait aller sans elle. Et elle pouvait nous surveiller de la maison", raconte Jérémy, qui sourit des règles sévères en vigueur chez les Arrachepied : se tenir droit, pas de coudes sur la table, pas de sorties, au lit à 20 h 30. Un cadre très différent de la vie à Saint-Valery, chez leur mère, où la fratrie Stravius (qui compte désormais sept enfants) se retrouve le mercredi et le week-end, dans le cadre du droit de visite proposé par la DDASS. "Là-bas, on faisait ce qu'on voulait…" Frédéric et Virginie ont fini par partir à leur majorité pour rejoindre leur mère. Lui s'est épanoui dans le cocon strict mais douillet, entre sa peluche Scroufi et le regard bienveillant de sa nounou. "J'étais un peu plus chouchouté que les autres, admet-il. Je me confiais beaucoup à elle."
Dans cette histoire très maternelle, il y a aussi une figure masculine essentielle : Robert, le mari d'Henriette, décédé en 2011, juste avant le premier titre de champion du monde de Jérémy. Il était le premier fan du jeune nageur, dont il archivait fièrement les premiers articles dans la presse. "Il était très papa poule, plus cool que notre nounou. Quand il est mort, j'ai perdu plus qu'un tonton. C'est la première personne importante de ma vie qui s'en allait", confie le jeune homme, qui s'est alors encore un peu plus rapproché d'Henriette.
Le 14 juillet, comme tous les ans, il est venu fêter son 25e anniversaire chez elle. Elle lui a préparé son dessert préféré, un "gâteau escargot", et lui a offert une chaîne en pendentif. "Comme je n'avais pas le droit de le faire baptiser à l'époque, s'amuse-t-elle, je deviens ainsi un peu sa marraine…" Elle est bien plus et elle le sait. "Tu es ma seconde maman", lui a-t-il dit lors de la Fête des mères. Des deux côtés, les vannes s'ouvrent désormais : "J'interdisais à tous les enfants que j'ai gardé de m'appeler maman, parce que c'est la règle pour les familles d'accueil. Mais je peux le dire aujourd'hui : Jéjé est comme mon quatrième enfant. Et mes trois autres le considèrent comme leur demi-frère." Avec ses parents naturels, il entretient des rapports plus complexes. Il le raconte à mots choisis mais sans colère. "J'en ai voulu à ma mère de ne pas avoir fait d'efforts, mais je ne lui ai jamais dit. Aujourd'hui, nous avons des relations normales, sans rancœur. On préfère se souvenir des bons moments que des mauvais. Et puis elle est quand même fière de moi. Elle aimerait bien qu'on parle un peu plus d'elle mais je ne vois pas l'intérêt : ce n'est pas grâce à elle que je me suis mis à la natation."

"Pas de revanche à prendre"

Avec son père, cela a toujours été plus compliqué : "Je n'ai jamais dormi chez lui, il avait sa vie. Il a attendu qu'on soit majeurs pour nous demander de porter son nom, Maison. Nous avons tous refusé. Il l'a mal pris, nous a dit qu'il ne pouvait plus rien pour nous. Cela n'a pas changé grand-chose…"
À entrouvrir les lourdes valises du passé, on lui demande s'il y puise un moteur de sa réussite. Il s'étonne sincèrement : "Pourquoi ? Je n'ai pas de revanche à prendre. Je n'ai pas été traumatisé." Son histoire "différente", il la voit comme l'itinéraire d'un enfant gâté, plutôt que celui d'un gamin administrativement placé. "J'ai eu la chance de recevoir une bonne éducation grâce à des gens qui m'ont tout appris, je n'ai été privé de rien. J'ai vécu une enfance comme tout le monde finalement."
Bien sûr, à 25 ans et célibataire, il "ne s'imagine pas avoir des gamins pour l'instant". Il se voit surtout créer un centre d'hébergement canin dès qu'il aura trouvé les 5.000 m2 de terrain nécessaires. Les gens pourront y laisser leurs animaux pendant les vacances plutôt que de les abandonner. Dans un sourire, il devance le raccourci facile, miroir de son histoire : "Une nounou pour chiens, oui."
source : le journal du dimanche

mardi 17 septembre 2013

Pas de nouvelle sanction pour Magnussen et les relayeurs Australien

Déjà sanctionnés par des amendes et de courtes suspensions pour s'être mal comportés lors des JO de Londres et pour avoir avalé du Stilnox (un psychotrope), le double champion du monde australien du 100m James Magnussen et ses camarades du relais 4x100m n'écoperont pas de sanction supplémentaire, a annoncé le comité olympique australien.



Un an après des JO de Londres complètement ratés (Magnussen en argent sur 100m, 4eme place pour le 4x100m champion du monde en 2011) et marqués par un comportement jugé inadmissible par leurs dirigeants (bizutage et consommation d’un psychotrope), les nageurs australiens vont pouvoir définitivement tourner la page. Vendredi, le comité olympique australien a en effet annoncé qu’ils n’écoperaient pas de sanction supplémentaire après avoir déjà reçu des amendes (montant non dévoilé) et des suspensions il y a plusieurs mois ; des sanctions « appropriées et suffisantes ».
James Magnussen, Eamon Sullivan, Matt Targett, James Roberts, Tommaso D'Orsogna et Cameron McEvoy ont néanmoins reçu un « carton jaune », selon John Coates, le président du comité olympique australien. Ce dernier a par ailleurs prévenu les six nageurs qu’au moindre faux pas ils ne seront pas sélectionnés pour les JO de Rio 2016.

source : sports365

Interview de Lionel Horter « Un jour, vous aurez huit Yannick Agnel en finale »

Lionel Horter, Directeur technique national français, fait le bilan des Bleus à Barcelone ou il évoque, entre autres, le cas Agnel, le présent de la natation française et l'avenir de la natation mondiale.
Et il nous a dit à quoi pensent les nageurs quand ils nagent.






Maintenant que Yannick Agnel est champion du monde du 200 mètres, vous pouvez nous le dire : il bluffait quand il disait que ce serait dur pour lui ?
Je n'ai pas mon portable personnel sur moi, sinon je vous aurais montré des photos que j'ai faites fin mai, début juin, quand il était à Paris et qu'on cherchait des solutions. On a fait… pas les clochards, mais les SDF de la natation mondiale pendant quelques semaines. On l'a emmené dans les piscines parisiennes, j'étais au bord du bassin pour le faire nager, j'étais loin d'imaginer à ce moment-là qu'il serait champion du monde à Barcelone.

Ce qui lui est arrivé avant les Mondiaux l'a-t-il vraiment déstabilisé ?
C'est surtout que ce n'est pas rationnel en termes de préparation, il a eu une vraie cassure. Trois ou quatre semaines d'arrêt… En six semaines on guérit d'une fracture, le corps arrive à résoudre le problème. Alors chez un nageur qui s'arrête de nager quatre semaines, y a tout qui change.

Qu'est-ce qui a permis à Yannick de gagner ?
Il a été sauvé par son travail tout au long de sa carrière, et tout au long de l'année avec Fabrice Pellerin jusqu'au mois de mai, quand il a quitté Nice. Et je crois qu'on ne s'est pas trompé sur l'endroit où on l'a posé [à Baltimore, chez l'ancien entraîneur de Michael Phelps]. Ensuite, son talent, bien sûr. Et sur la course en elle-même, son mental. Parce que ce qu'il a fait… Sans aucun complexe de supériorité, je pense que ses adversaires ont pris une grosse claque. Ce qui s'est passé, c'est une grosse mise au point.

Jusqu'où peut-il aller ? Michael Phelps le dit capable de battre le record du monde sur 200m réalisé en combinaison.
Il doit d'abord construire ses repères là où il est. Clairement, l'objectif, c'est Rio en 2016. Garder son titre olympique, ce qui est très, très difficile. Un seul nageur a gardé son titre entre 2008 et 2012, il s'appelle Michael Phelps. Quatre ans, dans le sport de haut niveau, c'est très, très long, même avec des gens de talent. L'usure, les accidents, la vie, les jeunes qui arrivent chaque année... L'autre objectif, c'est d'élargir sa palette de distances. Il peut tout faire du 100 au 400.

Et le demi-fond (800m, 1500m) ?
Non. Vous avez dû noter ici qu'il allait y avoir un Chinois pour quelques années. Sun Yang [champion du monde du 400, du 800, et probablement du 1500 ce soir], c'est le même que Yannick, mais sur le demi-fond. Deux mètres, un talent fou. Si Sun Yang redescend sur 200, ce n'est pas impossible qu'il batte Yannick. Mais ce n'est pas impossible non plus que, si Yannick monte sur 400, il arrive à le battre. C'est le seul nageur au monde qui peut battre Sun Yang au 400.

Comment avez-vous vécu le départ d'Agnel aux États-Unis ?
C'est un problème entre Fabrice Pellerin et lui. À la Fédération française de natation, on a pris le problème en cours, en essayant de se poser les bonnes questions. Je n'ai pas peur de dire que Yannick est un actif de la natation française, et que je suis dans ma mission quand je protège cet actif en essayant de trouver une solution pour que, sportivement et humainement, il puisse pérenniser son aventure. Ça ne m'empêche pas d'avoir aussi ce souci-là avec son entraîneur, Fabrice, qui est quelqu'un de très important pour la Fédération français, avec la structure de Nice.

Qu'un nageur et son entraîneur se brouillent n'est pas nouveau. Ce qui l'est, en revanche, c'est le retentissement qu'a eu cette histoire.
C'est lié à la médiatisation de Yannick en France. Je note que Lochte a annoncé qu'il quittait son entraîneur mythique de toujours pour aller s'entraîner en Australie, et ça n'a pas fait une ligne, ni en France ni aux États-Unis. Que des nageurs changent de structure, ça s'est déjà produit plein de fois avant, ça se produit dans tous les pays du monde, et ça se produira encore.

Ce qui est peut-être aussi un peu nouveau, c'est le fait de s'exiler.
Non, ça s'est toujours fait. J'ai passé deux ans aux États-Unis dans les années 80 quand j'étais nageur. Frédéric Delcourt [médaillé olympique en 1984] s'entraînait aux États-Unis aussi. C'est aussi vieux que la natation française, et que la natation tout court. D'ailleurs, je trouve ça très étonnant. Voir Yannick chez Bob Bowman, le responsable de la natation américaine masculine... Cet homme, dans ce pays tellement nationaliste, qui a une telle capacité à se rassembler naturellement derrière le drapeau, il entraîne Yannick. Pour moi, c'est le symbole d'une certaine forme d'échange, de communauté internationale qui existe dans la natation, et qui n'existait pas il y a cinq ou dix ans. Dans le monde de la natation, les barrières ont tendance à s'estomper. Maintenant, tous les continents ont explosé, l'Amérique du Sud avec le Brésil, l'Afrique, avec des champions qui viennent d'Afrique du Sud. C'est un sport qui s'est internationalisé ces vingt dernières années, et la France a été bénéficiaire de cet échange d'informations.

"ON N'AURA JAMAIS LES MOYENS DE LA NATATION AMÉRICAINE,
QUI A UNE PISCINE DANS CHAQUE UNIVERSITÉ"

Quel est l'atour majeur de la natation française ?
Une parfaite utilisation du potentiel des athlètes qu'on a, une optimisation du parcours de chacun dans chaque structure. On a une petite natation, dans un petit pays, avec peu de moyens, mais quand il y a un potentiel, on l'emmène au bout la plupart du temps, il y a beaucoup moins de déchet que dans des grands pays comme l'Australie, la Chine, la Russie ou les États-Unis. Il y a maintenant des structures, des clubs, des entraîneurs remarquables en France, qui ont vraiment développé une culture de la performance et du haut niveau, et qui, quand ils rencontrent un talent, l'emmènent au bout. Cela dit, on reste un nain en termes d'organisation autour du sport. Quand on bat un nageur américain, c'est vraiment un exploit, ça veut dire qu'on a beaucoup mieux travaillé, parce qu'on a beaucoup moins de moyens.

Les résultats de la natation française paraissent presque miraculeux par rapport aux moyens dont elle dispose.
Pourvu que ça dure.

Ces moyens évoluent-ils ?
Oui, la Fédération y travaille. Les principaux chantiers pour nous, c'est de développer des structures d'entraînement, avec des piscines dédiées, puisqu'on vit dans un environnement concurrentiel en termes d'occupation des piscines. Les clubs et le haut niveau rencontrent de plus en plus de public. Alors c'est bien sur le plan de la santé que de plus en plus de gens nagent, notamment tard dans leur vie, mais la fréquentation des piscines et devenue un vrai problème, et la place du haut niveau a parfois tendance à se réduire dans certains endroits. Il faut se battre pour que les clubs et les entraîneurs aient de bonnes structures d'entraînement. La Fédération recherche des moyens, et on est en légère augmentation de nos ressources au niveau des partenariats financiers. On se bat avec nos atouts, mais on n'aura jamais ceux de la natation américaine, qui a une piscine dans chaque université, ou de l'Australie, où la natation est le sport national. Quant à la Chine, elle est en train, si elle ne l'a pas déjà fait, de dépasser tout le monde dans tous les domaines. Et la Russie aussi est un continent. Obtenir des résultats contre ces gens-là en natation découle d'une optimisation remarquable des moyens en place.

A ce propos, que se passe-t-il sur le relais 4 x 100 ? En 2012, en 2013, les sprinteurs français n'étaient pas les plus forts, et pourtant l'équipe de France a gagné. Comment ? L'esprit d'équipe qui transcende l'individu ? 
La réponse est dans la question. Mais je vous avoue qu'on ne comprend pas toujours tout. Le plus étonnant, c'est de le faire deux fois de suite. Battre les Australiens, ça ne paraissait pas possible. Pour eux, d'ailleurs, c'est une catastrophe. La natation là-bas, c'est comme le football chez nous. J'ai croisé, il y a quelques jours, un des entraîneurs de l'équipe australienne, qui m'a dit en rigolant :"Quand on va rentrer chez nous, on va aller en prison."

A quel point la natation française est-elle fragile ? Peut-on imaginer la voir un jour reculer ?
La vie est faite de cycles. Si on bat l'Australie aujourd'hui, c'est qu'elle est dans une certaine partie d'un cycle. Battre les Américains deux ans de suite sur le 4 x 100, l'épreuve reine pour eux… Disons qu'on est sur notre point haut, et qu'ils sont sur une courbe en dessous de la nôtre. Ce qui compte, en dehors des résultats purs, c'est que les fondamentaux de la natation française continuent à progresser, que l'on profite de ces résultats pour qu'ils puissent se reproduire le jour où on aura une population de nageurs moins performante ou moins talentueuse.

Comment voyez-vous l'avenir de la natation mondiale ?
Il arrivera toujours qu'à tel ou tel endroit, quelqu'un travaille un peu mieux que les autres, mais il faut être conscient que, de plus en plus, ce qui va faire la différence, c'est le talent individuel des gens. Un jour en athlétisme, vous aurez huit Usain Bolt en finale du 100m. Et en natation, vous aurez huit Yannick en finale du 200m. C'est déjà pratiquement le cas, mais ça va encore s'accentuer. Ce ne sera plus seulement les structures, les systèmes, mais vraiment les talents. C'est l'évolution du sport, et de l'humanité presque.

Quels sont les dangers qui guettent la natation ?
Comme dans tous les sports : le dopage, et une démagogie financière exacerbée. J'aimerais que la natation garde le plus possible des règles du jeu simples, et conserve ses valeurs. À l'époque des combinaisons, on s'était rapprochés d'un gros problème. On l'avait tous mal vécu. J'ai failli m'arrêter à ce moment-là, ça ne correspondait plus à ce que j'avais envie de vivre. Il suffisait de mettre la bonne combi et on était devant. Si c'est pour faire de la Formule 1, ça m'intéresse pas.

Terminons avec la question qui nous agite depuis les début des Mondiaux : à quoi pensent les nageurs quand ils nagent ?
Quand ils s'entraînent, ils pensent à autre chose, ils chantent, ils sont ailleurs, même si les entraîneurs passent leur temps à leur dire de se concentrer sur ce qu'ils font. Et quand ils sont en compétition… Le monde aquatique c'est particulier. L'eau, c'est tellement de sensations... Et la natation est l'un des seuls sports où l'on s'entraîne autant et où l'on parle si peu. Un entraîneur au bord du bassin a peu de moyens de communiquer avec son nageur, c'est très spécial. Je crois qu'il y a une forme de coupure avec la réalité.

source : lemonde.fr

dimanche 15 septembre 2013

Florent Manaudou revient sur ses mondiaux de natation et parle de son avenir

Champion du Monde avec le relais 4x100 m nage libre aux Championnats du Monde de natation en juillet dernier, Florent Manaudou revient sur cette victoire mais aussi son échec sur 50 mètres. Il nous dévoile aussi ses objectifs pour l'avenir. 




Florent Manaudou, qu’avez-vous fait depuis les Championnats du Monde ?J’ai été en vacances. J’ai bougé un petit peu, je ne suis pas resté qu’à Marseille. J’ai pris un peu de temps pour moi, sans être dans l’eau tous les jours, sans faire trop de sport au début. J’ai quand même fait un peu de sport avec mon frère : surf, tennis, squash…

Cela vous a-t-il fait du bien ?Oui, cela fait du bien de couper, de ne pas avoir de piscine pendant un mois. Comme ça, cela permet d’avoir encore envie quand on reprend.

Avec le recul, quel bilan tirez-vous de ces Mondiaux ?Ce n’est pas un bilan positif mais très enrichissant. Déjà parce que j’ai vécu un relais formidable mais aussi une grosse déception donc je sais que cela va m’enrichir pour la suite. Finalement, ces championnats m’ont peut-être plus servi que les Jeux Olympiques l’année dernière.

Cet échec vous a-t-il fait grandir ?On verra l’année prochaine mais c’est sûr qu’un échec, cela fait grandir. Dans le sport, on ne peut pas tout le temps gagner. Je sais très bien que pour gagner, il faut bosser, bosser très dur. Et peut-être que cela va me permettre de bosser encore plus dur, de faire plus de sacrifices et de prendre conscience de certaines choses.

Allez-vous changer des choses dans la manière de vous entraîner ?Je vais m’aligner sur 100 mètres (nage libre) donc cela va changer deux ou trois petites choses à l’entraînement. Dans les fondamentaux, je vais voir cela avec mon coach en début de saison.

Vous dites que c’est dans la défaite qu’on apprend. Celle des Mondiaux vous a-t-elle fait apprendre des choses sur vous, en tant que nageur ?Oui, j’ai appris beaucoup. Je n’ai pas eu une année très facile. Cela a été un peu long, il y a eu beaucoup de changements, le décès de mon meilleur ami, mon coach du début de saison qui est parti… Donc beaucoup de choses se sont passées. J’espère que j’aurai une année un peu plus tranquille avec une victoire aux Championnats d’Europe au bout mais je vais quand même changer un peu mon approche de l’entraînement.


« Je reste le même »


Quel est votre programme pour la suite ?Là, on va beaucoup travailler la vitesse pour la saison en petit bassin qui, à nos yeux, n’est pas très importante. Ensuite, on va bien bosser pour les sélections. Cela sera un peu plus facile que les autres années car il y a 4 qualifiés par épreuve. Et enfin, les Championnats d’Europe fin août (à Berlin du 13 au 24 août 2014).

On voit certains nageurs partir s’entraîner à l’étranger. Cela vous a-t-il effleuré l’esprit ?En faisant des stages peut-être. Mais je me plais à Marseille. C’est déjà assez dépaysant pour moi qui suis de la région lyonnaise. Voir la mer tous les jours, c’est très plaisant. J’ai beaucoup progressé. Quand je suis arrivé, j’étais juste un sélectionné mondial. Aujourd’hui, je suis champion du monde et olympique. Je ne vais pas cracher dans la soupe, pour l’instant, ça marche. Donc je ne vais pas partir tout de suite en tout cas.

Le regard des gens a-t-il changé depuis les Jeux Olympiques ?Oui forcément. Aujourd’hui, les gens me voient plus comme un sportif à part entière que comme « le frère de Laure ». J’ai réussi à prouver que j’étais aussi un nageur. Les gens me reconnaissent un peu dans la rue mais ma vie n’a pas changé. Je reste le même, je vais à la piscine tous les jours, j’ai toujours le même appartement. Donc peu de choses ont changé.

Donc le plaisir est toujours le même ?Oui, l’envie et le plaisir sont toujours les mêmes.
Avez-vous eu plus de sollicitations au niveau médiatique, des sponsors ?Forcément. On est peu sollicité quand on est un nageur lambda. Mais il faut apprendre à vivre avec, cela fait partie de notre métier. Cela fait quand même plaisir d’avoir des sollicitations de temps en temps sans trop tomber dedans non plus.

On vous a vu aujourd’hui donner des conseils à des gens pas forcément spécialistes de la natation. Est-ce important ? Cela fait-il partie du travail ?C’est important de partager mon savoir car cela fait près de 20 ans que je nage. C’est un sentiment que j’ai naturellement. C’est compliqué de coacher mais si je peux donner des conseils aux gens, cela fait plaisir.

source : sports365